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Intervenção do Cardeal-Patriarca de Lisboa no Encontro dos Membros e Consultores do Conselho Pontifício da Cultura e dos Presidentes das Comissões para a Cultura das Conferências Episcopais da Europa
04 de Maio de 2007
Intervenção do Cardeal-Patriarca de Lisboa no Encontro dos Membros e Consultores do Conselho Pontifício da Cultura e dos Presidentes das Comissões para a Cultura das Conferências Episcopais da Europa
«La beauté, chemin de dialogue avec les non-croyants»
 
Intervention à la Rencontre des Membres et Consulteurs du Conseil Pontifical de La Culture et des Présidents des Commissions pour la Culture des Conférences Episcopales d’Europe
Sibiu, Roumanie, 4 mai 2007  
 
 
        1. Considérer la beauté un chemin de dialogue entre croyants et non croyants c’est une belle idée, mais de très difficile réalisation, surtout si l’on envisage ce dialogue comme moyen d’évangélisation et moment d’annonce de la foi chrétienne. Je m’arrêterai, d’abord, sur les difficultés, d’ordre culturel, pour hasarder, après, l’indication de quelques chemins concrets, d’ordre pastoral, en vue de ce dialogue.
 
        2. Le premier rang de difficultés je l’identifie à l’intérieur de l’Eglise, elle-même, en tant que communauté des croyants. Ce dialogue, dont nous parlons, supposerait que les chrétiens sont capables de rendre la beauté présente dans le dialogue entre eux, dans leur façon d’interpréter la vie, en considérant la plénitude de la vie, à laquelle ils aspirent, comme une expérience de beauté. On identifie facilement la beauté avec l’art, sans se rendre compte qu’il peut y avoir des expériences de beauté qui n’ont jamais été matérialisées en expression artistique. La beauté devrait être une expérience continuelle dans la vie du chrétien. L’Eglise possède un vaste patrimoine d’art religieux, mais on le considère plutôt comme un trésor à préserver, sans être capable de l’intégrer dans les expressions actuelles de la vie de foi.
        La Liturgie elle-même, source principale et vivante de la beauté chrétienne, ne l’est pas toujours et la Théologie elle-même est plus influencée par le rationalisme scientifique et par les sciences humaines, que par la contemplation simple et profonde de l’harmonie du mystère. La dimension mystique de la compréhension de la foi peut se révéler décisive pour faire de la vie de foi une expérience de beauté. Il y a un long chemin à parcourir dans la théologie, dans la pastorale, dans le langage, pour rendre les chrétiens capables de faire de la beauté le lieu de dialogue avec les non croyants. Il faut redécouvrir le lien qui existe entre la fidélité à la vérité, la recherche du bien, domaine de la morale, et la beauté.
 
        3. Une deuxième sorte de difficultés on la trouve dans le cadre culturel, contexte inévitable de ce dialogue. Tout le monde considère, volontiers, l’art et les expressions du beau comme appartenant au monde de la culture. Mais les catégories culturelles qui inspirent les comportements courants sont très peu influencées par la beauté. Ils sont prisonniers d’une rationalité logique, cartésienne, répandue par la voie scientifico-technologique, qui engendre une vision pragmatique de la vie, conçue comme fruition, sans la contemplation du beau. La non-croyance, qu’elle s’exprime dans l’athéisme assumé, ou qu’elle prenne la forme de l’agnosticisme ou de l’athéisme pratique, a, fréquemment son origine dans cette rationalité limitée.
        La difficulté d’intégrer la beauté dans la rationalité, c’est-à-dire, dans la recherche de la compréhension de l’homme et de l’univers, n’est pas inévitable. Dès la Grèce Antique la beauté faisait partie de la rationalité. L’homme était considéré comme le résumé de l’univers et en lui, dans son harmonie, on comprenait toute la création. L’harmonie et la proportion étaient ses caractéristiques fondamentales. La science, à travers la géométrie et la mathématique et l’art, à travers l’esthétique, suivaient les mêmes codes d’expression de la réalité. L’art, lui-même, devrait chercher l’harmonie et la proportion, en ordre à la splendeur. Plus tard, cette splendeur sera soulignée par la clarté, l’épiphanie de la lumière et de la couleur. La splendeur engendre la jouissance. On aime contempler ce qui est beau. «Le beau (kalón) c’est ce qui plait, qui suscite l’admiration, qui attire le regard. L’objet beau, c’est un objet qui, en vertu de sa forme, satisfait les sens, spécialement la vue et l’ouïe. Mais ils ne sont pas seulement les aspects perceptibles aux sens qui expriment la beauté de l’objet. Dans le cas du corps, assument aussi un rôle important les qualités de l’âme et du caractère qui sont aperçues par les yeux de l’esprit et non seulement et surtout par ceux du corps»[1]. L’harmonie des sentiments et des idées, voilà l’horizon plus vaste de la beauté, inséparable de la pensée.
        Cela nous permet d’aborder un aspect crucial de la culture contemporaine: la relation entre la beauté, la vérité et la recherche du bien (la morale).
 
        4. Le rapport entre la beauté et la vérité intéresse les philosophes dès l’époque classique. Platon, par exemple, nie que la beauté de l’art puisse exprimer la vérité profonde des êtres. Il ne faut pas oublier que, dans la Philosophie de Platon, la vérité profonde des êtres est caché par la matière, où se situent les arts figuratives, comme la peinture et la sculpture. Dans cette perspective reste ouverte la recherche d’une beauté de l’esprit, dont la beauté sensible est l’image, et l’annonce, l’aspect important pour toute dialogue sur la beauté.
La perspective de la philosophie chrétienne est celle-ci: la beauté sensible, et des artistes et de l’harmonie de l’univers, est l’annonce de la beauté spirituelle des êtres, surtout de l’être suprême, Dieu. Comme la Parole, la beauté c’est un langage qui dévoile, révèle, la beauté intérieure. La beauté sensible c’est un langage qui nous permet d’atteindre la beauté spirituelle, celle qui s’éclate dans la profondeur de l’être. Ici le rapport entre la beauté et la vérité est assumé positivement; l’art devient catéchèse et la beauté complète la Parole, car elle annonce la splendeur du mystère. Dans la perspective chrétienne, le rapport de la beauté avec la vérité, se situe au niveau de la vérité vécue dans l’amour, ce qui nous conduit au mystère de l’amour divin, dans la communion trinitaire. Seulement l’amour vécu révèle la splendeur de la vérité. «Veritatis Splendor» a été le titre choisi par Jean Paul II pour le document sur la morale. Cette splendeur de la vérité c’est la beauté.
On touche, ici, à la dimension mystique de la beauté. Je vous cite un auteur de la théologie orientale qui définit la beauté de cette façon: «La vérité manifestée, c’est l’amour et l’amour réalisé c’est la beauté». Rupnik commente, ainsi, cette définition: «Des fameux transcendantaux, la beauté est au sommet, où le bien et le vrai prennent corps. Elle coïncide avec la plénitude de l’être, mais elle se révèle dans le monde extérieur de façon à permettre que les yeux puissent s’en apercevoir et se laisser enchanter par elle. La beauté est, donc, la forme sensible du bien et de la vérité, la garantie qu’il s’agit du vrai bien, et de la juste vérité. Que deviendrait-il le bien sans le vrai, sans la vérité»[2].
Dans cette perspective, la beauté est liée à l’amour vécu, réalisé, et dans la vie chrétienne cela est le fruit de l’action du Saint-Esprit, «qui se révèle Lui-même dans la capacité de voir la beauté des créatures». L’ascèse, comme chemin de l’amour, est considérée ½uvre d’art. Le même auteur continue: «Le projet de Dieu sur l’homme c’est cette progressive pénétration du Saint-Esprit en toute la personne humaine, de façon à devenir un rayon de lumière, quand il s’extériorise. Tous les saints sont auréolés de lumière. Et c’est ça la beauté, car il s’agit d’un monde pénétré d’amour, l’amour réalisé. Par cela, le sens de la vie spirituelle c’est devenir beaux et non seulement bons»[3].
 
5. Comment faire passer cette perspective dans un dialogue pastorale, surtout avec les non-croyants? Tout d’abord, il faut l’approfondir chez les croyants, dans leur façon de découvrir la vie et de chercher la vérité. Il s’agit, tout d’abord, d’une démarche éducative, qui passe par la catéchèse et par l’école, plus préoccupées avec la transmission de contenus de connaissance et d’explication, et peu ouvertes à la perspective de la beauté, à laquelle, en tout cas, les enfants sont particulièrement sensibles. Il s’agit, d’abord, de les apprendre à discerner les expériences de beauté dans le quotidien de la vie: la beauté de l’amour, de la tendresse, de la générosité. Mais aussi de les aider à contacter avec les choses belles, dans la nature et dans l’art. Le très riche patrimoine d’art religieux, peut devenir un chemin de découverte de la beauté de Dieu. On peut découvrir la beauté de la vie à travers l’art. Cela exige que les images et d’autres pièces d’art religieux, dans nos églises, ne soient plus des présences silencieuses et ignorées, mais deviennent partenaires du chemin d’une communauté et que les expositions ou musées ne soient seulement des expositions, mais occasions d’itinéraires, guidés par des personnes préparés, qui aident à découvrir la vérité qu’ils annoncent et dont ils sont le rayonnement. 
Cella suppose, aussi, une transformation de la Théologie, toute elle pastorale, en tant que présentation de la vérité et de la beauté du chemin chrétien. Seulement la perspective de la beauté peut rendre la Théologie plus simple, compréhensible par tous. 
 
6. Le dialogue avec les non croyants se situe au niveau du dialogue culturel, où la perspective de la beauté est, de plus en plus, présente. Toute expérience de beauté s’ouvre à une dimension transcendante de la vie, car la beauté est, en elle-même, affirmation de la transcendance de l’existence.
Aujourd’hui, sous l’effet des «mass media», il y a un dialogue fréquent, en de multiples circonstances, entre croyants et non croyants. C’est très important que nous tous, clercs et laïques, sachons encadrer notre façon de dialogue dans cet arrière-fond de beauté. Il ne s’agit pas de parler explicitement sur la beauté, mais de parler sur n’importe quel sujet d’une façon où la perspective de la beauté soit présente.
 
7. On peut envisager, aussi, comme chemin pour ce dialogue, l’engagement des artistes en des initiatives évangélisatrices de l’Eglise. Notre modeste expérience, à Lisbonne, montre qu’ils acceptent volontiers y participer, même s’ils se déclarent non croyants. Sauf ceux qui sont convictement croyants, les artistes ont une religiosité diffuse, mais ouverte à la participation à des initiatives de qualité. Leur participation peut se concrétiser dans la conception de l’évènement, l’élaboration des textes et son exécution. 
Pour la Session de Lisbonne du Congrès International pour la Nouvelle Évangélisation, nous avons invité, à travers la Société National de Beaux Arts, dont le Président est une peintre catholique engagée, les artistes plastiques à créer une pièce sur le Christ. L’initiative a été très bien accueillie et on a pu organiser une exposition, au siége de la Société, avec une quarantaine de pièces originales sur le Christ. Les auteurs étaient, pour la plupart, présents à l’ouverture de l’exposition et aimaient parler et me dire la signification, pour eux, de cette participation. Quelques uns sont venus, après, individuellement, poursuivre ce dialogue.
Au même moment, une autre initiative, couronnée de succès, a été un cycle de cinéma sur le Christ, organisé par la «Cinemateca Nacional», pendant une semaine. Chaque film était précédé d’une présentation et suivie d’une courte table ronde où l’on établissait le dialogue avec le publique. La sale a été bondée tous les jours de la semaine.
Il s’agit de petites goutes dans un vaste océan; mais sans elles l’océan serait moins beau. La difficulté, de notre part, réside dans la préparation de personnes qui puissent, avec l’autorité que le milieu exige, préparer ces initiatives, et pouvoir investir l’argent nécessaire. 
La valorisation du patrimoine artistique religieux est un camp ouvert à ce dialogue. La musique est le plus facile, en tenant compte d’un ensemble d’orgues de grande qualité dans nos églises. Il faut lutter pour que ce patrimoine soit considéré un élément vif et actuel dans une église vivante. La perspective officielle des experts, en ce domaine, va fréquemment dans le sens de le couper de l’Église d’aujourd’hui, en le considérant comme un témoignage du passé. Cela amène à considérer l’Église comme un phénomène du passé. L’Église a été belle; elle ne l’est plus.
Je termine, en vous témoignant de ma conviction qu’il faut accepter que ce dialogue devra être fait sans  s’attendre à des résultats visibles et prévisibles. C’est la semence lancée dans les c½urs sensibles à la beauté et qui, peut-être, ne fleurira que dans les jardins du Seigneur.
 
 
+ JOSÉ, Cardinal-Patriarche de Lisbonne




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[1] Unberto Eco, História da Beleza, p. 41
[2] In Tomás Spidlik et Marko Rupnik, «Teologia Pastorale a partire dalla belezza», Roma (2005), pp. 476-477
[3] Ibidem, p. 479

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