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29 de Maio de 2008

Conferência do Cardeal-Patriarca no Congresso Europeu de Catequese

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«La conversion missionnaire de la catéchèse. La situation et les défis de la mission aujourd’hui en Europe»

Conférence prononcée dans le

Congrès de l’Equipe Européenne de Catéchèse

Lisbonne, le 29 Mai 2008

I – La dimension missionnaire de l’évangélisation

1. Dans un sens général, toute action apostolique de l’Eglise est missionnaire, car elle est fidélité à la mission reçue du Seigneur. Jean Paul II, en proposant le défi d’une nouvelle évangélisation, lui attribue les grandes caractéristiques de toute fidélité à la mission: une nouvelle ardeur, créativité dans les méthodes, et capacité de s’adresser aux hommes concrets, l’homme d’aujourd’hui, dans son encadrement culturel.

Mais dans l’évolution sémantique du langage religieux, le mot «missionnaire» caractérise l’annonce de l’Evangile en des cadres culturels et sociaux non marqués par la vision chrétienne de l’homme et de la vie, et où l’adhésion au projet de Jésus Christ, en Eglise, n’est pas appuyé par la culture environnante, ce qui suppose des ruptures culturelles. Cette signification du mot «missionnaire» surgit d’une vision de la société dont le cadre culturel était fortement axé sur la vision chrétienne de l’homme et de la vie humaine, et la catéchèse coïncidait spontanément avec la démarche éducative dans son ensemble.

Ce cadre culturel de chrétienté, s’il a vraiment existé en Europe, il n’existe plus aujourd’hui. Et cela constitue le grand défi qui se présente actuellement en Europe à l’évangélisation et à la catéchèse: se détacher d’un cadre culturel de chrétienté et annoncer la foi et construire l’Eglise dans un cadre culturel dont les valeurs et la compréhension de la vie, ne s’identifient plus avec la perspective chrétienne.

La société ne s’identifie plus avec l’Eglise et celle-ci ne doit pas céder à la tentation de condamner radicalement la société. Ce serait une manifestation d’un pouvoir sur la société que l’Eglise ne possède plus. Elle doit former les chrétiens pour qu’ils vivent dans cette société de façon constructive, comme le «levain dans la pâte», en croyant à la capacité transformatrice de l’authenticité chrétienne, et attentifs à la convergence possible entre les valeurs chrétiennes et ceux de la société concrète. En plus, pour qu’ils sachent que les sociétés et les cultures peuvent évoluer et se transformer et que le christianisme vécu est une force de transformation. Dans la formation des chrétiens, le défi qui se présente à l’Eglise c’est le défi de l’authenticité chrétienne, qui ni condamne la société, ni prend une attitude qui pourrait être interprétée comme manifestation d’un pouvoir perdu. Une Eglise vivante, qui parie sur l’authenticité évangélique des chrétiens dans la vie concrète des membres de la société, c’est une force d’humanisation, et un élément dynamique dans le processus de la mutation culturelle.

2. Il s’agit de reprendre et continuer à approfondir la grande intuition de «l’aggiornamento» du Concile Vatican II qui, devant les exigences nouvelles de la mission dans un monde qui a profondément changé, s’inspire dans les Eglises Apostoliques du premier millénaire: une Eglise identifiée avec le mystère du Christ, la vraie lumière des peuples qui doit resplendir sur le visage de l’Eglise (LG. nº1); une Église qui est un peuple en communion, qui trouve dans la force de l’amour et de la communauté l’élan de sa vitalité pour la mission; une Eglise qui sait lire les «signes des temps» tout en sachant discerner dans les lignes de force de la société, des ouvertures et des chances pour le Royaume (G.S. nn. 4 et 11); une Eglise attentive aux réalités de ce monde, en les regardant avec amour, sensible aux joies et aux espoirs, aux tristesses et aux angoisses des hommes de ce temps (G.S. n.1) ; une Eglise qui vit et se nourrit de la Parole de Dieu et des sacrements; une Eglise au même temps hardie et prudente pour trouver de nouveaux chemins pour l’annonce de Jésus Christ.

De l’Eglise Apostolique nous apprenons que tout commence, comme une nouvelle naissance, dans un moment de découverte de Jésus Christ, le vivant, et de la décision radicale de Le suivre, de vivre la vie avec Lui. Nous nous préparons pour célébrer les 2000 ans de la naissance de l’Apôtre Paul. Il est un exemple mobilisateur de la force de ce changement de vie, en se laissant posséder par le Christ. Dans sa mission il aura toujours une conscience claire que la catéchèse comme chemin pour apprendre à connaître et à vivre avec le Seigneur, suppose cette première annonce, mobilisatrice et décisive, du Christ vivant. Il a compris et nous l’apprend que la catéchèse ne se réduit pas à un apprentissage, mais elle est un long chemin d’apprentissage à vivre en communauté et à savourer la vie chrétienne et, chemin faisant, arriver dans la densité de l’expérience chrétienne, à connaître le Seigneur, à comprendre toutes les choses d’une façon nouvelle.

II – Évangéliser dans un cadre culturel marqué par le sécularisme

3. Une profonde mutation culturelle s’est vérifiée en Europe et, à partir de l’Europe, dans l’ensemble de l’humanité que nous désignons par Occident. Cette évolution de la culture occidentale devient, de plus en plus, complexe avec le phénomène de la globalisation. Les adjectifs de cette évolution culturelle sont plusieurs, mais se révèlent tous, incapables de la définir dans sa globalité: ils se réfèrent au sécularisme, illuminisme, rationalisme etc. Nous adoptons, ici, l’adjectif séculariste, car il a dans sa racine un concept accepté par la pensée chrétienne: la dimension séculière. Mais quand, pour affirmer la juste autonomie des réalités séculières – appartenant à  «hoc saeculum» - on les coupe de toute transcendance, en envisageant une autonomie totale de l’homme, on fait du sécularisme une nouvelle foi, une nouvelle anthropologie, une nouvelle inspiration morale. Dans ce qui concerne l’évangélisation, le sécularisme a provoqué une profonde rupture dans la transmission de la foi. Dans un rapport préparé pour l’Assemblée Plénière du Conseil Pontifical de la Culture, on peut lire : «L’Assemblée Plénière 2002, en approfondissant les raisons de la profonde rupture dans la transmission de la foi que connaissent les sociétés sécularisées, a mis en lumière les conséquences ruineuses de la poussée du sécularisme sur le tissu social élaboré par des siècles de cultures traditionnelles: il s’effondre, laissant l’homme livré à lui-même, désemparé, privé de la boussole qui lui permettait d’orienter sa vie selon des valeurs profondément enracinées dans son être».

Cela ne signifie pas que toute la vie et la culture d’aujourd’hui soit sécularisée. Les principales valeurs ont leur racine dans le christianisme et les chrétiens continuent à être nombreux au sein de ces sociétés. Mais tout cela n’a pas évité cette rupture. Citons, encore une fois, le rapport déjà référé: «Mais il convient cependant, de noter que le sécularisme de la société n’est pas toujours aussi répandu que ne tentent de le faire croire les moyens de communication sociale et la culture dominante (…). Paradoxalement, la culture populaire imprégnée de christianisme est vivante en beaucoup de lieux, surtout en dehors des grandes métropoles, mais elle est très peu active, chichement présente dans la vie sociale, et de ce fait peu capable de l’influencer. Beaucoup de ceux qui se déclarent catholiques sont imprégnés de la culture environnante, leur comportement est de plus en plus sécularisé, et ils semblent allergiques à toute référence morale».

Cette rupture dans la transmission de la foi, est un élément préoccupant à tenir en compte, quand on essaie de trouver les nouveaux chemins de transmission de la foi dans ce contexte culturel. Nous présenterons, de suite, quelques concrétisations de cette rupture et les interpellations qui en découlent en termes de conception de l’évangélisation.

Rupture entre rationalité et intelligibilité de la foi

4. L’élément clé qui a déclenché cette mutation culturelle a été, certainement, l’euphorie de la raison logique, qui a eu un éclat très grand dans la démarche scientifique, laquelle, en se prolongeant dans les techniques, a fini par transformer le «au jour le jour» des personnes et des sociétés. Ce triomphe de la raison a fait que l’homme se croit capable de prendre en main sa destinée: il se sent capable de tout faire et de tout résoudre, il se sent la source et le maître de sa vérité, le juge de la moralité, le seul responsable de sa réalisation et de son bonheur. Devant ce triomphalisme des capacités de la raison, qui garantirait l’autonomie totale de l’homme, Dieu n’a plus de place, d’inexistant il passe à inutile sans aucun rôle dans la vie de l’homme et son histoire. Parce que toute vérité rationnelle doit être vérifiable, Dieu n’a plus de place dans l’horizont de la rationalité, Il est relégué à la sphère du subjectif. Citons un texte de Joseph Ratzinger: «Cette Europe, depuis les temps de la Renaissance et d’une manière achevée, depuis les temps de l’illuminisme, a développé cette rationalité scientifique (…) qu’au présent, beaucoup plus profondément, grâce à la culture technique que la science a rendue possible, laisse vraiment son empreinte partout et en tout. Et, à la suite de cette forme de rationalité, l’Europe à développé une culture qui, de façon inconnue de l’humanité jusqu’au présent, exclut Dieu de la conscience publique, soit quand il est totalement nié, soit quand son existence est considérée non démontrable, incertaine et, donc, relative à la sphère des choix subjectifs, irrelevante pour la vie publique»[1].

Cette mentalité rationaliste influencie profondément les personnes, les familles, les jeunes et rend difficile la communication de la foi. La foi en Dieu et en son Fils Jésus Christ, ne peut pas se fonder sur cette rationalité, qui exige des certitudes fondées sur l’évidence. Les vérités de foi sont facilement refusées parce qu’elles apparaissent comme irrationnelles. Mais alors ont doit classifier comme irrationnels tous les autres chemins humains d’arriver à la connaissance: l’amour, les symboles, la beauté et l’émotion esthétique. Ce sont des chemins pour arriver à une compréhension et à une connaissance de la réalité, auxquels le raisonnement n’arrive pas mais qui peuvent être accueillis et intégrés dans la rationalité humaine.

La formation chrétienne doit établir cette intelligibilité de la foi, qui si elle n’est pas rationnelle dans le sens positiviste du mot, elle n’est pas, pour autant, irrationnelle. Elle est raisonnable. L’expérience religieuse est vérifiable et la raison est aussi une capacité d’accueil des connaissances qui n’ont pas en elle leur origine. Dieu c’est plus facile de l’aimer que de Le comprendre et de Le justifier, et cette expérience d’amour se révèle une puissante source de connaissance, de Dieu et de l’homme. La foi a sa place dans la dimension plus globale de la rationalité humaine. Sans établir cette intelligibilité de la foi, celle-ci n’aura pas de place dans de cadre de l’intelligence et de la liberté de l’homme.

Rupture entre les capacités de l’homme et la conscience de sa faiblesse et son besoin de l’aide de Dieu

5. Le triomphalisme de la raison et de ses capacités illimitées, a amené à une vision de la vie comme résultat exclusif des capacités naturelles de l’homme: l’homme ne peut compter que sur lui-même pour réussir dans la vie: le bonheur et la disgrâce sont le résultat de ses capacités et de sa liberté.

Cette optimisme vide la croix du Christ, comme disait Saint Augustin dans sa polémique avec Pélage. Vraiment il s’agit d’un «néo-pélagianisme». Or la compréhension chrétienne de la vie humaine est celle d’une vie vécue avec Dieu, qui est devenu Dieu avec nous en son Fils Jésus Christ. Même pour réaliser pleinement ses capacités naturelles, l’homme a besoin de la force de l’Esprit de Dieu. La rupture entre la nature et la grâce, qui dans l’histoire a eu des expressions opposées, l’optimisme pélagien et le pessimisme luthérien, semble être résolu dans la culture contemporaine, en annulant la grâce, et en centrant la possibilité de réussite sur les capacités humaines et la liberté. Il s’agit d’une nouvelle synthèse naïve, que la longue histoire de souffrances et d’agressions à la dignité humaine mettent en question. Le christianisme offre une autre synthèse, celle de la valorisation des capacités naturelles de l’homme, portées à la plénitude, avec l’aide de Dieu qui connaît bien notre grandeur et nos faiblesses.

Rupture entre la liberté et la responsabilité

6. Une des idées maîtresses de la modernité est la valeur décisive et absolue de la liberté individuelle. Alliée à l’autonomie de la raison, l’homme, par l’exercice de sa liberté, choisit sa vérité, décide sur les options morales, devient le centre et le juge de l’histoire. Considérée surtout comme un droit de l’individu, cette conception de la liberté amène à une vision individualiste de la vie qui efface on relativise la dimension communautaire, la seule à exiger que la liberté soit exercée dans la responsabilité de chacun pour tous les autres, l’encadrement nécessaire de l’amour et de la fraternité.

Cela n’est pas complètement négatif, et a l’avantage d’accentuer  la dignité de la liberté, un de nos dynamismes où s’exprime notre ressemblance à Dieu. Saint Paul enseigne que c’est pour la liberté que le Christ nous a libéré. Eduquer pour la liberté est une dimension déterminante de toute formation chrétienne. Dans le Christ, la vraie liberté n’est pas un «fait ce que tu voudras», mais s’affirme comme une capacité de discerner dans les chemins du bien, ce qui est le meilleur, d’écouter les autres, le premier étant Jésus Christ, le Dieu avec nous dans l’aventure de la vie, capacité de discernement et d’accueil de la vérité. L’exercice de la liberté, plus qu’individuel est personnel, encadré dans la communauté. Cette évolution culturelle, qui a commencé par reléguer Dieu au camp de la subjectivité de l’individu, a procédé de la même façon pour la vérité, pour la morale, enfin, pour la liberté.

Rupture entre mentalité scientifique et la morale

7. Une vision strictement individuelle de la morale est grave, car elle compromet on finit même par empêcher une morale communautaire, basée sur des valeurs morales valides pour toute la communauté. Mais il y a un arrière-fond encore plus préoccupant: la mentalité scientifique, assumée par tous à travers la révolution technique, incapable de définir des règles morales pour tout le monde, accentue la dimension subjective de la morale, pourtant incapable d’être la réponse vraiment humaine aux menaces de la technique elle-même. Je cite, encore, une fois, J. Ratzinger: «Le force morale n’est pas crue au rythme du développement de la science, bien au contraire, elle a diminué, parce que la mentalité technique a relégué la morale à la sphère du subjectif, quand nous avons besoin d’une morale publique, une morale qui sache répondre aux menaces qui plombent sur l’existence de nous tous. En ce moment, le vrai danger, le plus grave, se trouve exactement dans ce déséquilibre entre les possibilités techniques et l’énergie morale. La sureté dont nous avons besoin comme condition préalable de notre liberté et de notre dignité, ne peut venir, en dernière instance, de systèmes techniques de contrôle, mais seulement de la force morale de l’homme. Où celle-ci manque ou se révèle  insuffisante, la puissance que l’homme s’est acquise se transformera, de plus en plus, dans une puissance de destruction»[2]. L’humanité actuelle ne trouve pas dans une moralité subjective des individus la force morale dont elle a besoin pour affronter les menaces qui pèsent sur elle.

Rupture entre le présent et l’avenir définitif de l’homme

8. Le drame humain est situé, par cette vision culturelle, dans l’horizont fermé de ce temps et de ce monde (hoc saeculum). L’horizont d’éternité, le seul qui annonce la pleine réalisation de l’homme - pour nous les chrétiens inévitablement lié à Jésus Christ et à sa résurrection - n’a plus de place. C’est impressionnant: sont de plus en plus nombreux nos contemporains qui ne croient plus à la vie éternelle. Cela prive notre existence dans le temps de sa profondeur et de sa dignité, comme expérience d’espérance.

Si tout passe et tout finit, pourquoi parier sur la pérennité des valeurs définitives? Si notre présent ne fait pas une unité avec notre avenir, alors vivons au jour le jour, profitons du transitoire, changeons de route toujours que cela nous paraitra le plus convenable dans le présent.

Le déjà cité Rapport du Conseil Pontifical de la Culture résume cette «profonde rupture dans la transmission de la foi que connaissent les sociétés sécularisées» en affirmant que «l’Europe est marquée par une triple blessure: de la mémoire, de l’imagination et du sens de l’appartenance. La mémoire est blessée, car la nouvelle génération, qui vit dans un immédiat sans ancrage dans le passé, manque de l’expérience de la foi et du sens de l’histoire. L’imagination est blessée par l’invasion de médiocres propositions  télévisées, qui s’ajout au manque de contact avec les grands artistes chrétiens de l’histoire. Le sens de l’appartenance est blessé dans un véritable désamour de beaucoup envers l’Eglise, leur patrie et aussi envers la culture chrétienne bimillénaire du continent».

Toutes ces ruptures s’expriment, aussi, dans la rupture entre les institutions responsables de la formation: la famille, l’école, l’Eglise et la société. Ces institutions qui encadrent les enfants et les jeunes contredisent, dans la pratique, les valeurs transmises par la formation chrétienne. Par exemple, combient de familles de celles qui font encore baptiser leurs enfants bébés, garantissent l’initiation chrétienne de leurs enfants? 

III – La catéchèse dans ce cadre culturel

9. Toutes ces ruptures provoquées par la mutation culturelle exigent la créativité et l’hardiesse dans les chemins catéchétiques. Plus que jamais, l’initiation à la foi doit s’assurer d’une expérience chrétienne qui fonde de nouvelles attitudes culturelles; plus que jamais, la foi doit devenir culture, une nouvelle culture. Celle que nous avons décrite ne peut fonder une existence chrétienne, à la limite elle l’empêche et l’exclut.

Le modèle scolaire de la catéchèse, conçu comme apprentissage, suivant les rythmes de la scolarisation, n’est plus adapté. Beaucoup d’enfants et de jeunes n’accompagnent même pas la catéchèse avec la pratique de l’expérience religieuse, dû à la rupture entre la famille et la communauté croyante.

Toute la catéchèse doit s’insérer dans le rythme de la nouvelle évangélisation, doit faire partie du processus d’initiation chrétienne, en commençant par découvrir la richesse des trois sacrements: le baptême, la confirmation et l’Eucharistie. Cela signifie un chemin à parcourir, de découverte et de fidélité, dans la joie d’expérimenter une vie nouvelle. Cela ne peut se faire qu’en communauté, en groupe qui chemine ensemble, où l’on découvre en même temps le Christ et son Eglise, où l’on expérimente l’exigence de l’amour, la force de la communion et la joie de commencer à vivre une vie nouvelle, source d’une nouvelle compréhension de toutes les réalités de la vie. Le rythme catécumenal est le plus indiqué pour la catéchèse, où parents et enfants doivent apprendre à avoir des moments où ils font ce chemin ensemble. Le catéchiste gagne la dimension du pasteur qui guide son troupeau aux sources de la vie.

L’importance de l’annonce quérigmatique

10. Mais avant de s’engager dans un chemin de découverte de la nouveauté de l’expérience chrétienne, il faut découvrir Jésus Christ, se laisser apprivoiser par Lui, être disponible à tout changer pour Le suivre. C’est le fruit du témoignage de foi. Les témoins ont un rôle irremplaçable. Mais où sont-ils?  Le Rapport supra-cité affirme: «le sécularisme se manifeste aujourd’hui au sein même de la vie de l’Eglise, dénaturant ainsi, de l’intérieur et en profondeur, la foi chrétienne, et par conséquent, le style de vie et les comportements des croyants, affaiblissant dramatiquement le témoignage de foi».

Une évangélisation missionnaire doit reprendre systématiquement une pastorale quérigmatique que nous avons oubliée dans un contexte de chrétienté. C’est une pastorale de la conversion, non seulement une conversion morale, mais une conversion à Jésus Christ, point de départ d’un chemin chrétien.

Un des aspects de cette créativité pastorale passe par la conversion du langage, que ne consiste pas seulement dans une question de langue, mais de syntonie profonde avec les hommes et les femmes concrets de ce monde. Et cela s’applique à une dimension plus large de l’activité pastorale de l’Eglise. «Une des conséquences de la sécularisation est la difficulté croissante de la transmission de la foi à travers la catéchèse, l’école, la famille et la prédication. Ces canaux traditionnels de la transmission de la foi peinent à remplir leur rôle fondamental, car le langage en est venu à conditionner la substance du message: le ‘langage ecclésiastique’ né de la séparation culturelle entre le clergé et le peuple, et le ‘langage sécularisé’ utilisé par un clergé dilué dans la culture dominante au parler ‘creux’, caractérisé par le subjectivisme et le relativisme, sont incapables de dire la foi et sa richesse. Clers et laïcs excellent, en certains pays, dans l’utilisation d’un langage déphasé par rapport au langage courant, tandis que la catéchèse se réduit parfois à apprendre à ‘être bon’, sans référence à l’expérience de l’amitié vécue avec le Christ source de la vie chrétienne, qui se réduit alors à n’être plus qu’une forme d’humanisme séculier».

Je termine, encore une fois, avec une citation du Rapport du Conseil Pontifical de la Culture: «Sans témoignage de vie chrétienne, c’est progressivement la pratique religieuse qui est abandonnée pour une religion à la carte, sans adhésion aux dogmes de foi. Il ne s’agit pas seulement, comme en d’autres temps, d’un simple abandon de la pratique sacramentelle, ou d’un manque de vitalité de la foi, mais de quelque chose qui touche en profondeur ses racines. Ce passage de l’appartenant à l’occasionnel, de pratiquant régulier à hôte, et, au niveau de la conviction, du stable au pendulaire, est caractéristique du processus de sécularisation et demande à être inversé par une pastoral adaptée».

Ce monde nouveau représente, sans doute, un nouveau défi adressé à l’Eglise du Christ: se convertir et se laisser envoyer en mission, comme aux jours de la Pentecôte.

+ JOSÉ, Cardinal-Patriarche de Lisbonne


 
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[1] J. RATZINGER, A Europa de Bento na crise de culturas, pg. 24

[2] Ibidem, pg. 22


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